Compléments alimentaires : la pharmacovigilance est de mise

Compléments alimentaires : la pharmacovigilance est de mise

le lundi 13 octobre 2014 – L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a mis en place en 2010 un dispositif de veille sanitaire dédié à plusieurs produits ayant connu une très forte croissance ces dernières années : les compléments alimentaires, les boissons énergisantes et certains aliments. Aujourd’hui, elle publie un premier bilan des signalements reçus par ce dispositif, baptisé « nutrivigilance ».

Troubles hépatiques, gastriques et allergiques

Les compléments alimentaires représentent la grande majorité des signalements reçus par cette mission : 76 % des déclarations (soit 1 193) concernaient ces produits. Sur les 282 signalements considérés comme « recevables », les effets indésirables rapportés étaient le plus souvent hépatiques (19,9 %), gastriques (18,4 %) ou allergiques (16 %). Les analyses des dossiers ont par ailleurs jugé que le lien entre les symptômes évoqués et le complément alimentaire était vraisemblable dans 42 % des cas (et très vraisemblable dans 5 %), possible dans 30 % des cas et douteux dans 20 % des situations. Des chiffres qui montrent que si les Français sont très friands de compléments alimentaires (un adulte sur cinq et un enfant sur dix en consommeraient au moins ponctuellement, tandis que 23 % des adultes et 12 % des enfants en prendraient toute l’année), ils ne considèrent pour autant pas ces produits comme anodins et sont prêts à leur associer divers symptômes, quitte dans 20 % des cas à faire fausse route. Soulignons par ailleurs que les compléments alimentaires faisant l’objet d’une déclaration avaient le plus souvent pour objectif de faciliter la perte de poids (15,2 %), de favoriser la pousse des cheveux (11 %) ou étaient utilisés comme hypocholestérolémiants (9,6 %).

Les pharmacies concurrencées

Les données présentées par l’ANSES mettent par ailleurs en évidence le rôle important des professionnels de santé. D’abord, les pharmaciens demeurent le premier pôle de distribution des compléments alimentaires, même si la part du chiffre d’affaires de ces produits vendus en officine est passée de 60 à 48 % en 2013. Une diminution qui n’est pas le reflet d’une baisse générale du marché qui a contraire fortement cru ces dernières années. Les officines sont cependant fortement concurrencées par internet (qui représente désormais 21 % du chiffre d’affaires contre 13 % en 2012) et la grande distribution (17 % vs 9 %). Ces évolutions pourraient être inquiétantes, car comme le révèlent les nombreux signalements mais aussi les différentes alertes qui ont été lancées ces dernières années par l’ANSM au sujet de différents compléments alimentaires, le rôle de conseil des professionnels de santé et des pharmaciens en particulier reste essentiel. Forte de cette constatation, afin de faire mieux connaître son dispositif de « nutrivigilance » aux professionnels de santé, l’ANSM lancera d’ailleurs prochainement une campagne d’information ciblée (après la diffusion récemment d’une plaquette dans le Quotidien du médecin).

Des produits qui mériteraient des contrôles complémentaires

Pour l’heure, les professionnels de santé à titre individuel ne sont que rarement à l’origine des signalements directs au système Nutrivigilance : dans 4 % des cas ils émanent des hôpitaux, 3 % des pharmacies et 2 % des médecins de ville. La très grande majorité des signalements sont cependant indirectement liés aux professionnels de santé puisqu’ils sont le fait des Centres régionaux de pharmacovigilance et des centres antipoison et de toxicovigilance dans 36 % des cas.

Ces résultats montrent d’une part la nécessité sans doute d’une meilleure connaissance par les professionnels et par les consommateurs de ce dispositif de veille, mais aussi peut-être également d’un renforcement de la réglementation. Aujourd’hui, en l’absence de nouveaux ingrédients dans leur composition, les compléments alimentaires ne sont en effet pas soumis à une autorisation préalable mais uniquement à une obligation de déclaration auprès de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.