Bronzer tue… même en cabine, c’est officiel.

Bronzer tue… même en cabine, c’est officiel.

Les liens entre exposition aux UV artificiels et cancers de la peau ne sont plus discutés, il est obligatoire maintenant d’inscrire sur les appareils les mentions de dangerosité de leur utilisation… Mais si les buralistes craignent pour leur métier, les vendeurs de faux soleil, eux, voient cadrer, donc valider, le leur.

Les UVA, rayonnements électromagnétiques dont la longueur d’ondes est comprise entre 320 et 400 nanomètres, ont longtemps été considérés comme relativement bénins et favorisant le bronzage en provoquant moins de coup de soleil que les UVB (250 à 320 nm), et c’est pourquoi on les utilise en cabine de bronzage. Pourtant on sait aujourd’hui qu’ils ont une pénétration profonde dans la peau et les yeux, y provoquant des dommages importants. Le risque de développer un mélanome serait augmenté de 75% par l’utilisation de cabines de bronzage au moins une fois avant l’âge de 30 ans !

Contre-productif ?

A l’occasion de la journée de dépistage des cancers de la peau 2012, la ministre de la Santé française avait fait savoir qu’elle envisageait de durcir la réglementation sur les cabines de bronzage. Le SNDV (syndicat national des dermatologues et vénérologues) a toujours recommandé de ne pas faire d’UV artificiels… Et en janvier 2013, l’Agence de sécurité sanitaire avait préconisé « la cessation, à terme, de tout usage commercial du bronzage par UV artificiels et de la vente d’appareils délivrant des UV artificiels à visée esthétique », considérant que le durcissement de la réglementation est « une réponse partielle et insuffisante au regard du risque avéré de cancers cutanés pour leurs utilisateurs » voire contre-productive car le public leurré par cette fausse garantie de sécurité pourra croire qu’il n’y a aucun risque à s’exposer. Malgré ces réticences, c’est chose faite aujourd’hui avec les arrêtés du 20 octobre dont le premier cadre la traçabilité des appareils de bronzage et les conditions de leur contrôle, et le second précise les modalités dʼinformation et d’avertissements destinés aux exploitants et aux utilisateurs dʼappareils de bronzage.

Les cabines sont interdites aux moins de 18 ans et déconseillées aux pâles, aux roux et à ceux qui présentent ou ont présenté un cancer de la peau… Leur notice d’emploi devra obligatoirement contenir plusieurs mentions alertant sur les risques de cancers de la peau dès la première exposition, les risques oculaires y compris cancéreux, la nécessité absolue de porter de lunettes de protection.

Mieux que rien ?

On y préconise de ne pas s’exposer au soleil le même jour, d’attendre 48h minimum entre deux expositions artificielles, de faire attention aux médicaments photosensibilisants et produits favorisant le bronzage, et on pourra même y lire « Il est recommandé de ne pas avoir recours aux appareils de bronzage. Le rapport “ bénéfice-risque ” pour la santé de l’utilisation de ces appareils est négatif et en défaveur des appareils de bronzage ».

Ces avertissements sanitaires obligatoires sur l’appareil et pour toute publicité (avec une visibilité suffisante), existaient déjà en des termes proches, sans être forcément respectés par les instituts et encore moins par les sites internet … Tandis que les idées fausses du genre « ça prépare la peau au bronzage et permet d’éviter les coups de soleil » ou « c’est bon pour le moral » continuent de circuler sur les UV artificiels. Selon une enquête de l’INPES (Institut national pour la prévention et l’éducation à la santé) en 2010, 13,4% des Français avaient déjà utilisé des UV artificiels au moins une fois au cours de leur vie, un tiers ayant une fréquence d’exposition supérieure à 10 fois par an ! Les cabines de bronzage sont surtout fréquentées par des femmes et des jeunes, dont des moins de 18 ans, malgré l’interdiction déjà présente.

Cette règlementation ne satisfait pas les dermatologues dont beaucoup souhaitent que les exploitants soient taxés davantage, voire que l’on interdise l’usage d’UV artificiels, ou au moins leur publicité et les promotions du style « la dixième séance est gratuite ! ».